Chapitre 21
Vies antérieures

En revenant à la maison de Vladimir Kalinovsky, Matthieu fut très surpris de voir sa jeune amie s’asseoir sur le chemin dallé et ouvrir le sac à dos, au lieu de poursuivre son chemin vers la forêt. Il lui rappela qu’ils avaient une longue route à faire, mais Alexanne lui fit de beaux yeux et il accepta de s’asseoir près d’elle, tout en continuant de surveiller la porte.

— Me croirais-tu si je te disais que nous avons déjà vécu ensemble dans d’autres vies ? lui demanda Alexanne à brûle-pourpoint.

Matthieu mordit dans le sandwich et l’observa un moment avant de répondre. Son père l’avait pourtant prévenu que les femmes Kalinovsky n’étaient pas comme les autres.

— Jusqu’à présent, tu ne m’as dit que la vérité, même si elle est parfois étrange et qu’elle me fait peur, alors j’imagine que oui, je te croirais.

— Crois-tu aux anges ? poursuivit Alexanne.

— Bien sûr.

— Savais-tu qu’ils peuvent nous apprendre un tas de choses sur nous-même et sur nos vies antérieures ?

— Tu leur parles toi aussi ?

— Je communique avec eux par l’écriture, et ils m’ont dit que nous nous sommes connus dans plusieurs vies. Ma tante a ajouté que nous avons été amis, cousins et même frères.

— Frères ? Les filles peuvent être des garçons dans d’autres vies ?

— Et les garçons, des filles. À un moment ou à un autre, nous avons aussi été de races différentes.

— Que sais-tu de nos vies antérieures à nous ?

— Je n’en connais que deux avec certitude. Je sais que nous avons été de jeunes époux en 1902 en Martinique, mais nous n’avons pas vécu très longtemps parce que nous avons péri avec les autres habitants de notre village lorsque le volcan a fait éruption.

— C’est sûrement pour ça que j’ai peur du feu. Et l’autre vie, c’était dans le château de mes rêves et de mes chansons, n’est-ce pas ?

— Oui. Ma tante en a justement recréé l’atmosphère pour rappeler ces souvenirs à ta mémoire. Tu t’appelais Nicolai Danov, un jeune noble qui a épousé mon arrière-arrière-arrière-grand-mère, Danuka Ivanova, qui, en fait, était moi.

Matthieu mit un moment à analyser ces révélations.

— C’est donc pour cette raison que je me sens si bien avec toi, comprit-il.

Il se pencha vers elle et l’embrassa tendrement. Ils se regardèrent dans les yeux un long moment, comme s’ils y voyaient leur âme respective. Alexanne caressa la joue de Matthieu, comme pour s’assurer qu’il était bien réel, puis l’embrassa à son tour. Marlène ne croirait jamais la chance qu’elle avait d’avoir rencontré quelqu’un comme lui.

Les adolescents déballèrent ensuite les deux autres sandwichs et les laissèrent sur les dalles. Emportant les bouteilles d’eau et les fruits, ils quittèrent les lieux et s’enfoncèrent dans la forêt. Dès qu’ils furent cachés entre les arbres, Alexanne s’arrêta et montra à Matthieu le loup qui avalait goulûment l’offrande devant la maison.

— Nous marierons-nous encore dans cette vie-ci ? demanda-t-il sans vraiment se préoccuper du prédateur.

— Je n’en sais rien. Allez, viens. Il se fait tard.

Tandis qu’ils traversaient la forêt, elle lui expliqua que les fées étaient de puissantes guérisseuses de Russie et que plusieurs de leurs maris avaient même abandonné leur nom de famille pour que leurs enfants soient des Ivanova. Matthieu l’écouta religieusement en se demandant s’il était prêt à faire ce sacrifice lui aussi.

Ils arrivèrent à la maison juste à temps pour le souper. Cette fois, Tatiana les installa dans la cuisine, à la petite table ronde, et mangea avec eux. Les jeunes gens lui racontèrent l’apparition du bébé dans l’une des chambres de l’ancienne maison de Vladimir Kalinovsky. Tatiana s’empressa de leur expliquer que ce qu’ils avaient vu n’était pas un spectre.

— Un véritable fantôme est une âme coincée entre le monde physique et le monde spirituel. Vous avez plutôt assisté à un phénomène de hantise résiduelle.

— Résiduelle ? répéta Matthieu.

— Les objets et les lieux physiques absorbent l’énergie et les émotions. Quand des événements empreints d’émotions se produisent quelque part, le lieu les enregistre et les rejoue plus tard comme un vieux film. Aux États-Unis, des gens circulant sur des autoroutes à travers d’anciens champs de bataille de la guerre de Sécession ont vu des cavaliers et des soldats nordistes et sudistes traverser la route devant eux.

— Ce sont donc des projections, pas des fantômes, comprit Alexanne.

— Souvent, les gens qui achètent de vieux objets dans les encans ou dans les magasins d’antiquités voient ensuite des personnages les utiliser dans leur maison, puis disparaître, et ces personnages ne sont pas nécessairement morts non plus. Ils ont seulement laissé leur empreinte sur les objets.

— Donc, ce bébé n’était pas le fantôme de ma sœur.

— C’était l’enregistrement d’une des dernières fois où Anne a eu le courage de jouer toute seule. Nous étions tous là et nos émotions se sont enregistrées à tout jamais à cet endroit même.

— Verrons-nous ce bébé chaque fois que nous entrerons dans cette chambre ? s’inquiéta Matthieu.

— C’est possible.

Alexanne se mit ensuite à discuter du cas de sa grand-mère, qu’elle devait à tout prix déloger du grenier. En pâlissant, Matthieu déclara ne pas vouloir participer à cette expulsion spirituelle. En fait, il ne voulait même pas s’approcher du grenier. Alexanne le reconduisit à la porte après le repas.

— Je vais demander à mon père de m’accorder une journée de congé par semaine.

— Ça me plairait beaucoup, avoua Alexanne.

— Mais pas question qu’on les passe dans la maison hantée de qui que ce soit.

— Je te le promets.

— Je pourrais t’emmener au village et te présenter à ma mère ?

— Ça veut dire que nous deux, ça pourrait devenir sérieux ?

L’air espiègle, elle alla chercher un baiser sur ses lèvres.

— Mais il faut que ta grand-mère quitte définitivement cette maison, sinon je n’y remets plus jamais les pieds.

L’adolescente pouffa de rire, puis comprit, à son air sérieux, qu’il ne plaisantait pas.

— Tu n’es qu’un froussard, Matthieu Richard !

Pour la faire taire, il lui appuya le dos contre le mur et l’embrassa amoureusement. Malgré son désir de plus en plus grand de le garder dans ses bras pour toujours, Alexanne se dégagea de son étreinte et plaça un objet en métal dans la paume de l’adolescent. Il baissa les yeux et vit qu’il s’agissait du tire-bouchon en argent de sa tante.

— Je voulais te donner quelque chose qui te fera penser à moi.

— Mais il appartient à ta famille depuis des générations…

— Attention, c’est toi qui me l’as donné, jadis.

« Lors de notre vie antérieure dans le beau château de Russie… » se rappela-t-il.

— Je le porterai sur moi jusqu’à la fin de ma vie, jura-t-il.

— Ce n’est pas très confortable dans des poches de jeans, le taquina-t-elle.

Il recommença à l’embrasser jusqu’à ce qu’elle trouve le courage de le pousser dehors.

 

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